1912 – 1954
Alan Turing
Il a posé la question que nous nous posons encore
Turing définit ce qu'une machine peut calculer, puis demande si elle peut penser. Sa réponse est un déplacement : ne cherchons pas à définir la pensée, regardons si nous savons distinguer la machine de l'humain.
En 1936, à vingt-quatre ans, Turing décrit une machine imaginaire — un ruban, une tête de lecture, quelques règles — et démontre qu'elle peut calculer tout ce qui est calculable. C'est le modèle théorique de tout ordinateur, écrit dix ans avant le premier d'entre eux.
Pendant la guerre, à Bletchley Park, il conçoit les machines qui cassent le chiffrement allemand Enigma. Le travail restera classifié des décennies, et sa part dans l'issue du conflit n'a été reconnue publiquement que bien après sa mort.
La question de 1950
Son article Computing Machinery and Intelligence s'ouvre sur : « Les machines peuvent-elles penser ? ». Turing juge la question mal posée — elle demande de définir « penser » — et lui en substitue une autre, vérifiable : un juge qui dialogue à l'aveugle avec un humain et une machine saurait-il dire lequel est lequel ?
Nous ne pouvons voir que peu de chose devant nous, mais nous voyons là beaucoup de choses qui demandent à être faites.
C'est le jeu de l'imitation, qu'on appelle aujourd'hui le test de Turing. Le critère n'est plus ce que la machine est, mais ce qu'on ne parvient plus à en distinguer — exactement le trouble que chacun a éprouvé la première fois qu'il a discuté avec une IA.
Condamné en 1952 pour son homosexualité, contraint à un traitement hormonal, il meurt deux ans plus tard. Le Royaume-Uni l'a gracié à titre posthume en 2013.